Enseignement du fait religieux ou enseignement religieux ?

2008 - QAE - Congrès national de Roanne
mercredi 13 juin 2012
par  LP25.
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PREFACE

La Fédération de la Libre Pensée de Seine-Saint-Denis a été la responsable du traitement de la question à l’étude, au congrès national de 2008, sur l’enseignement du fait religieux au sein de l’enseignement public. Elle a produit, à cette occasion, un travail remarquable, tant en densité qu’en qualité. c’est donc naturellement que la Fédération nationale a demandé de publier ses travaux.

Nous invitons les libres penseurs, et plus généralement les militants de la laïcité, à se procurer cet ouvrage de référence qui les aidera dans leurs actions de défense de la laïcité institutionnelle par une compréhension importante de ce qui est en jeu.

Monopole et liberté

L’Église catholique n’a jamais renoncé de gaité de cœur à se voir ramener à la solitude de la prière en étant confiné dans la sphère privée. Aucune religion monothéiste n’a « accepté » la laïcité des institutions. C’est toujours, contraintes et forcées, qu’elles ont du reculer sous les coups de boutoirs de la démocratie et de la liberté de conscience.

Toutes les religions monothéistes sont intolérantes, dogmatiques et oppressives. C’est leur nature profonde. Il appartient donc au citoyens de combattre pour la séparation effective des Églises et de l’État afin de faire triompher la revendication de cette liberté démocratique fondamentale : l’absolue liberté de conscience.

L’Église catholique a eu le monopole de l’éducation pendant quatorze siècle, ou plutôt le monopole de la non instruction. En effet, à quoi sert d’instruire le peuple et ses enfants ? Lisons l’Encyclique « Vehementer Nos » de Pie X en 1906 pour savoir ce que pense le Vatican : « Il en résulte que cette Église est par essence une société inégale, c’est-à-dire une société comprenant deux catégories de personnes : les pasteurs et le troupeau, ceux qui occupent un rang dans les différents degrés de la hiérarchie et la multitude des fidèles ; et ces catégories sont tellement distinctes entres elles, que, dans le corps pastoral seul, résident le droit et l’autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société.
Quand à la multitude, elle n’a pas d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. »


C’est pourquoi, l’Église catholique s’est toujours opposé au libre examen, matrice de la libre pensée, car savoir c’est pouvoir. Et seule l’Église doit pouvoir, il est donc inutile d’instruire le troupeau. reculant devant la conscience organisée des citoyens, l’Église catholique n’a eu de cesse de tenter de reconquérir le terrain perdu. Elle a perdu le monopole de l’éducation, qu’importe ! Elle va se rallier à la liberté de l’enseignement qu’elle a combattu quand elle dominait la société.

Les deux mâchoires du même piège

L’Église catholique va donc développer son propre enseignement pour faire concurrence à l’enseignement public laïque. Elle va être aidée dans cette tache par les fils indignes de Voltaire, bourgeois et capitaliste, qui veulent maintenir le prolétariat dans les fers de l’exploitation. Comme le notait déjà Boileau :« la force de prêtres est dans la faiblesse des hommes ».

L’enseignement catholique va donc imposer son propre son « caractère propre » et, en même temps, réclamer les fonds publics. Tous les avantages du privé et du public en même temps ! Mais malgré toutes les trahisons des gouvernements, l’enseignement catholique ne dépassera jamais les 16% d’élèves du pays scolarisés dans ses réseaux. L’écrasante majorité des citoyens de ce pays marque toujours son attachement profond et viscéral à l’École publique laïque. De ce point de vue l’Église a subi un échec profond.

Aussi lui faut-il adapter sa tactique de reconquête cléricale. Ses hommes, ses partis, ses réseaux d’influence vont donc s’attaquer à la forteresse laïque. Elle n’aura de cesse que de vouloir évangéliser à nouveau 84% d’élèves qui sont dans l’Enseignement public. Il lui faut impérativement ne plus être confinée à la sphère privée.

c’est ainsi qu’apparaît alors la revendication de l’enseignement du fait religieux à l’École publique. Le faux constat est martelé : il y a une ignorance du religieux et c’est grave pour la culture ! Que la légende dorée des saints soit ignorée, que les élèves ne connaissent pas Sainte Blandine les atrophie culturellement. Pas moins...

Regis Debray, se prenant pour Claudel découvrant dieu derrière sa colonne, va donc produire un rapport à la demande du très clérical Jack Lang. Cela sera le point de départ du retour de la catéchèse sur les bancs publics. Cet ouvrage le démontre fort.

Bien entendu, les jésuites de droite comme de gauche, ont toujours recours à la même perfidie. Il ne s’agit pas de l’enseignement des religions, mais du fait religieux. Et oui, ma bonne dame...

Seulement voila. Quand la Fédération nationale de la Libre Pensée s’est rendue à plusieurs reprise au Ministère de l’Éducation nationale pour demander ce qu’était l’enseignement du fait religieux, elle n’a jamais pu avoir de réponse précise. Au mieux, quand notre délégation a soulevé plusieurs cas concret de prosélytisme clérical et d’ingérence religieuse, les représentants du Ministère nous ont indiqué : ce sont des erreurs et des manquements.

C’est un peu comme le fameux texte au moment des évènements en Tchécoslovaquie : « Qu’est-ce que le socialisme ? ». On savait ce que cela n’était pas (la dictature, la police politique, le parti unique, le syndicat officiel) mais que cela était « une bonne chose, camarade ». L’enseignement du fait religieux est donc « une bonne chose » pour le Ministère et ses affidés.

Petit à petit, on cherche à familiariser les élèves avec la présence du religieux et des religieux. Le nec plus ultra est de faire venir, côte à côte, un curé, un rabbin, un imam pour débattre des mérites comparés de l’obscurantisme. Le discours de Nicolas Sarkozy sur les vertus supérieures du curé sur l’instituteur s’inscrit pleinement dans cette démarche cléricale. _
Victor Hugo disait déjà, à propos de la loi Falloux :« Vous voulez mettre un jésuite partout où il n’y a pas un gendarme ». aujourd’hui, au sein même de l’École publique, il y a, à la fois, le gendarme et le curé. Plus fort que Badinguet !

Il ne manquait plus que l’accord diplomatique entre le Vatican et le Gouvernement Sarkozy/Kouchner reconnaissant les diplômes catholiques, canoniques ou pas, comme des diplômes d’État, en vertu du processus de Bologne de la très vaticane Union Européenne, et la boucle sera bouclée.

Nous sommes dans une situation où l’Église catholique est présente sur tous les terrains, dans l’enseignement privé et dans l’enseignement public. Ses diplômes vont avoir la même valeur que ceux délivrés par l’Université publique. Elle est partout, fidèle à la définition théologique du saint esprit : « Son noyau est partout, la circonférence nulle part, et l’esprit saint souffle où il veut ».

Le combat de la Libre Pensée

Mais une chose est de vouloir, une autre est de pouvoir. La laïcité vit dans la conscience de la masse des citoyens. A chaque fois que la conscience laïque de ce pays sent ou perçoit que la laïcité des institutions est menacée, elle se mobilise massivement et fait reculer les offensives cléricales.

Sur tous les terrains, la Libre Pensée agit pour défendre la République démocratique, sociale et laïque, elle n’a de cesse de défendre les principes démocratiques. C’est pourquoi, la Fédération Nationale de la Libre Pensée a déposée, c’est la première association à l’avoir fait, le 4 mai 2009, un recours contre l’arrêté transposant l’accord diplomatique que les diplômes catholiques.

Elle l’a fait, dans la droite ligne de tout son combat plus que séculaire. La loi de 1905 est l’œuvre notamment des libres penseurs. La séparation des Églises et de l’État est consubstantielle à la Libre Pensée. Nous n’accepterons jamais la confusion des genres : les options métaphysiques sont du domaine privé et doivent le rester.

C’est le sens de cet ouvrage. Bonne lecture.

PRÉSENTATION

Ce volume est le résultat du travail collectif de nombreuses fédérations départementales concernant l’enseignement du fait religieux, question à l’étude du congrès national en 2008 proposée par notre Fédération départementale.

Lorsque nous avons proposé d’enquêter sur cette question au congrès de Clermont Ferrand en 2007, les premiers éléments laissaient présager la nature cléricale de l’initiative, mais nous n’en mesurions pas encore l’ampleur.

En ouverture, l’étude de P.Clesse (LP93), appuyée sur différents documents émanant du Parlement Européen montre que les tentatives pour introduire cet enseignement dans de nombreuses discipline en France, répond à un projet des partisans de l’Europe vaticane totalement contradictoire avec l’école laïque républicaine.

Dominique Goussot (LP92) nous rafraîchit la mémoire en retraçant rapidement, dans le deuxième chapitre, l’historique de cet enseignement en France.

Le troisième chapitre, constitué des contributions des fédérations du 31, 15, 13 et du 93, fournit les éléments qui permettent de parler d’une « véritable fabrique de l’enseignement du fait religieux », selon l’expression de M. Montagut (LP 31), et dont la pièce maîtresse et constitué par l’Institut Européen en Sciences des Religions (IESR). On constatera que ce ne sont pas les propos du président de cette officine qui peuvent nous rassurer. Nos craintes sont également confirmés par « les recommandations en matière de politiques publiques du projet de recherche REDCo (la Religion dans l’Éducation. Une contribution au Dialogue ou un facteur de Conflit dans l’Évolution des pays européens) », projet qui a reçu le soutien de l’IESR.

Il était bien sûr impossible de ne pas revenir sur le trop fameux rapport Debray et l’amendement Brard à la loi Fillon. Nous publions, dans le chapitre 4, un résumé de l’analyse qu’a produite une philosophe (qui n’est pas de la Libre Pensée) lors de la journée d’étude sur la laïcité et l’enseignement du fait religieux, organisée à l’initiative de l’Association des Professeurs de Philosophie de l’Enseignement Public et de Reconstruire l’Ecole, dans les locaux de l’École Normale Supérieure, le 15 mars 2003. Ces propos, par contre, sont rassurants, car ils manifestent la lucidité et la volonté de résistance des enseignement de l’École républicaine. Nous prolongeons cette étude par l’analyse d’un article de R. Debray dans Le Monde, dans lequel il commente les émeutes de novembre 2005, et par des extraits du débats à l’Assemblée Nationale, lors du vote de l’amendement Brard.

Enfin pour clore la première partie, J. Nepveu (LP93), nous résume les points forts de l’ouvrage de M. Estivalèze, Les Religions dans l’enseignement laïque, dont le titre est déjà tout un programme...

Les enquêtes sur le terrain, objet surtout de la troisième partie, présentent, même si les tentatives restent timides en raison de la résistance des enseignements et de la vigilance de tous les laïques, tout l’arsenal plus ou moins subtil pour introduire les religions, et parfois leurs représentants, dans les classes de l’école républicaine.

Dans la quatrième partie, nous ne pouvions omettre de faire le point, sous forme d’un rapide panorama, de l’état de l’enseignement religieux ou de(s) fait(s) religieux dans quelques pays européens, alors que les partisans de la construction de l’Union Européenne ne cessent de nous rebattre les oreilles avec la nécessaire harmonisation (de leur point de vue) sur cette question comme sur bien d’autres.

Enfin, nous versons au dossier le texte de la conférence que fit Guy Lengagne en juin 2008 à l’invitation du Groupe Marianne, à propose de son combat pour que soit discuté à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, son rapport sur les dangers du créationnisme dans l’enseignement. Nos lecteurs en tireront toutes les leçons qu’ils jugeront utiles pour prolonger leur analyse.