Courrier de remerciement à la Mairie pour la plaque Lucien Bersot.

jeudi 17 décembre 2009
par  LP25.
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La fédération de la Libre pensée du Doubs s’était renseignée auprès de la Mairie pour savoir où était enterré Lucien Bersot, fusillé pour l’exemple lors de la première guerre mondiale. La réponse fut le cimetiere des Chaprais, dans la fosse commune, la famille ne voulant pas récupérer le corps. Il fut précisé aussi qu’une plaque inaugurale serait installée. Ce qui fut fait. La mairie nous a amicalement invité à l’inauguration de cette plaque, le 11 novembre 2009 dans l’après midi. Le matin la fédération de la Libre Pensée du Doubs s’était rassemblée au cimetière des Chaprais. Une délégation de la LP du Doubs s’est rendue à l’inauguration.

La fédération de la Libre Pensée du Doubs s’est rendue à l’inauguration de la plaque commémorative Lucien Bersot et Elie Cottet-Dumoulin.
Elle n’est pas resté jusqu’au bout, légèrement écœurée. Elle est partie sous le son des cloches qui s’était invitée à cette cérémonie républicaine. Cloches qui étouffèrent légèrement les différents discours débordant de sentimentalismes "... et les soldats dans les tranchées pleuraient leurs mamans..." Un passage du discours du maire ou de l’historien attitré du coin Joseph Pinard. Mais rien sur les fusillés pour l’exemple et leur réhabilitation, pour cause...

Un courrier de remerciement a été envoyé au Maire.

Monsieur le Maire,

La Fédération de la Libre Pensée du Doubs vous remercie de votre invitation.

Une délégation s’est rendue à l’inauguration de la plaque en mémoire de Lucien Bersot et Elie Cottet-Dumoulin.
Plusieurs organisations, de sensibilités diverses, étaient aussi présentes.
Malgré le comportement bruyant de certains, cela se fit toujours dans le respect des victimes. [Les anars avaient : 1° installés un drapeau noir au-dessus de la plaque recouvert du drapeau tricolore, 2° repris le maire lors de son discours]
La Libre Pensée du Doubs s’était rassemblée le matin autour de l’ossuaire du cimetière des Chaprais, où gît le corps de Lucien Bersot. Elle s’est rassemblée comme s’est rassemblée une centaine de fédérations de la Libre Pensée dans toute la France autour des monuments pacifistes (au total c’est 3 000 personnes qui étaient dans la rue), non seulement pour commémorer la fin de la première boucherie mondiale mais aussi pour dénoncer et tenter de rétablir les différentes injustices liées à cette ignominie.

Car depuis 1988, la Libre Pensée a été à l’initiative de rassemblements le 11 novembre contre la guerre, revendiquant notamment que les fusillés pour l’exemple soient réhabilités.
En 2008, sur le chemin des Dames, à Craonne, la Libre Pensée, la Ligue des Droits de l’Homme, l’Association Républicaine des Anciens Combattants et l’Union Pacifiste ont organisé un rassemblement national sur cette exigence de justice.

La réhabilitation doit devenir réalité ! Tous les fusillés pour l’exemple de 1914-1918 doivent réintégrer sans réserve la mémoire collective, d’ailleurs, pour les libres penseurs ils n’en sont jamais sortis, à égalité avec les autres victimes de la terrifiante boucherie humaine qui ensanglanta le monde au début du vingtième siècle.
Le président de la République n’a que quelques mots à prononcer, c’est : Réhabilitation totale est complète de TOUS les fusillés pour l’exemple.
Ils ont été fusillés POUR l’exemple, ils ne sont pas tombés pour la France.
Ils ont été fusillés PAR la France pour l’exemple.
Car après l’échec de l’offensive en Lorraine, en août 1914, le général Joffre, commandant en chef des armées, demanda l’instauration de cours martiales. Messimy, ministre de la Guerre, donna alors aux autorités militaires des pouvoirs exceptionnels.

D’août 1914 à septembre 1918, les conseils de guerre ont prononcé 2 500 condamnations à mort ; avec les exécutions sommaires (les officiers pouvaient alors légitimement abattre sans jugement un soldat), ce sont plus de 600 soldats qui ont été fusillés "pour l’exemple", des hommes choisis au hasard - ou aussi en raison de leur engagement syndical comme les ouvriers maçons Baudy, Prébost et Morange - jugés rapidement par des conseils de guerre spéciaux improvisés, condamnés à mort au moindre doute, sans moyen de se défendre, sans recours possible.

Fusiller pour l’exemple cela avait pour but de dresser face à l’épouvante de l’assaut une épouvante encore plus terrible : celle d’être fusillé par sa propre hiérarchie militaire. Cela peut se résumer ainsi : obéir et certes risquer sa vie mais avec une chance d’en sortir ou désobéir, mais mourir d’une mort certaine, fusillé pour l’exemple ou tué sur place par un officier de sa propre armée. Bref ce ne sont pas des soldats qui montent au front mais des condamnés à mort sacrifiés sur l’autel du capitalisme.

La Libre Pensée s’associe, déjà pour le fond, aux camarades de la CNT et de la FA lorsqu’ils affirmaient morts PAR la France. Cela n’est pas insulter ni Lucien Bersot, ni tous les autres fusillés. Au contraire c’est leur rendre hommage et les honorer, car la compréhension mais surtout l’honneur et la réhabilitation, passent par la recherche de la vérité. La vérité est là, le commandement français a réfléchi, programmé ces exécutions sommaires.
« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche, et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques » Jean Jaurès.
Certes la Libre Pensée depuis une vingtaine d’année est à l’initiative de rassemblements pacifistes pour la paix, pour la vie.
Mais je précise que c’est depuis la guerre qu’elle se bat pour la défense des fusillés pour l’exemple.
N’oublions pas que des voix s’élevèrent pour faire cesser ces exécutions.
Notamment celle du député Brizon (libre-penseur et pacifiste, député socialiste de l’Allier, il avait participé à la conférence internationale contre la guerre à Kienthal en 1916) il proteste le 14 juin 1917 à la Chambre contre ce qui se passe au front :
« J’appelle ici l’attention du gouvernement et de la Chambre en m’adressant à leurs sentiments de sympathie et de justice : pour les soldats du front, plus de peine de mort pour des coups de tête (dénégations - bruits). Messieurs, à l’heure où je parle, on fusille des soldats sur le front ! Des balles françaises assassinent des soldats français (vives protestations) »
Le président de l’Assemblée intervient : « Il est impossible d’employer un pareil langage ici, et d’appliquer aux sentences des conseils de guerre une pareille expression "(Applaudissements). M. Brizon, je vous rappelle à l’ordre »
Mais le libre penseur poursuit : « Avez-vous fait fusiller les généraux qui ont fait massacrer inutilement nos soldats au cours de l’offensive d’avril ? [...] Je le dis : nous réclamons la même discipline pour les officiers et pour les soldats. Ne fusillez pas les généraux, je ne le demande pas. Mais ne fusillez pas non plus les soldats au nom de la discipline. C’est leur neuvième commandement. » Brizon désigne ainsi les revendications des soldats.

Comment ne pas voir aussi la clairvoyance du Manifeste de Kienthal en 1916 :« Ni vainqueurs ni vaincus, ou plutôt tous vaincus, c’est-à-dire tous saignés, tous épuisés : tel sera le bilan de cette folie guerrière. Les classes dirigeantes peuvent ainsi constater la vanité de leurs rêves de domination impérialiste…
Le vrai but de cette boucherie mondiale est, pour les uns de s’assurer la possession du butin qu’ils ont rassemblé pendant des siècles et au cours d’autres guerres ; pour les autres d’aboutir à un nouveau partage du monde, afin d’augmenter leur lot en annexant des territoires, en écartelant des peuples, en les rabaissant au niveau des parias. Vos gouvernements vous disent qu’il faut continuer la guerre pour tuer le militarisme. Ils vous trompent. Le militarisme d’un peuple ne peut être ruiné que par ce peuple lui-même. Et le militarisme devra être ruiné dans tous les pays….
Voilà le parti des prolongeurs de la guerre. A lui les forces gouvernementales, à lui les journaux menteurs, empoisonneurs des peuples, à lui la liberté de propagande pour la continuation des massacres et des ruines. Et à vous, les victimes, le droit de vous taire et de souffrir l’état de siège, la censure, la prison, la menace, le bâillon….
Peuples qu’on ruine et qu’on tue, debout contre la guerre ! Courage ! N’oubliez pas que, malgré tout, vous êtes encore le nombre et que vous pourriez être la force. Que dans tous les pays, les gouvernements sentent grandir en vous la haine de la guerre et la volonté de revanches sociales, et l’heure de la paix sera avancée. »


Jean Jaurès socialiste, dont on fête le 150e anniversaire de la naissance cette année, avait eu une claire vision des problèmes posés. Dans son dernier article, le jour de son assassinat, le 31 juillet 1914, il écrivait : « Le péril est grand, mais il n’est pas invincible si nous gardons la clarté de l’esprit, la fermeté du vouloir, si nous savons avoir à la fois l’héroïsme de l’action. La vue nette du devoir nous donnera la force de le remplir.…. Ce qui importe avant tout, c’est la continuation de l’action, c’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrière. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir ».

Il fut assassiné par le parti clérical. Parti clérical qui, au mépris de la loi de séparation des églises et de l’état, fit sonner les cloches lors de l’inauguration de la plaque de Lucien et Elie, une commémoration qui se voulait républicaine et laïque, puisque c’est le drapeau français qui recouvrait la plaque. Les cloches n’ont pas été très appréciées, non seulement par les différentes associations anarchistes, mais aussi par quelques spectateurs anonymes. Des cloches assourdissantes fort mal venues puisqu’elles recouvraient les discours (que le travail d’historien de Mr Pinard soit ici salué), les paroles, les pensées, comme d’habitude...
D’ailleurs il est fort surprenant que cela n’ait pas choqué le premier représentant de la République de la commune de Besançon.

Nous avons tous des sensibilités différentes, c’est pour cela que la loi de 1905 de séparation des églises et de l’état existe et qu’elle doit être défendue. C’est un principe très positif que celui de la laïcité, car il consiste à mettre en avant ce qui est commun à tous les hommes, de vivre dans le respect mutuel. Or la neutralité, donc la laïcité, ont été bafouées par un parti dont le discours de haine tenu lors des différentes guerres appelait au massacre de "l’autre". Lorsque le clergé déborde des limites de sa communauté religieuse, et prétend dicter la loi commune à tous, (infligeant le son des cloches à des spectateurs athées, agnostiques, musulmans), cela veut dire intrusion du cléricalisme dans la chose publique.

La Fédération de la Libre Pensée du Doubs vous remercie de l’avoir invitée, mais elle vous remercie surtout de cette plaque en hommage à Lucien Bersot et Elie Cottet-Dumoulin. Que ces derniers mots soient pour eux. Repos soldats, que vos noms se gravent dans la pierre et dans la mémoire comme vous autres ouvriers et paysans grimés en soldats fantômes, soyez enfin réhabilités...

Veuillez, recevoir, monsieur le maire, notre sympathie républicaine, pacifiste et laïque.


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